La médiation est-elle un art martial?

Approche réflexive et mise en regard de l’esprit de médiation avec celui de l’aïkido (résumé de mon mémoire)

Hypothèse du mémoire

A première vue, tout semble séparer l’aïkido de la médiation. De son côté, la médiation est perçue comme un rituel qui repose sur un agir communicationnel ayant pour but de résoudre, avec l’aide d’un tiers et dans un cadre librement consenti, un litige entre deux personnes. Elle se centre sur la rationalisation des émotions pour décanter le conflit au moyen de la parole. Elle a en outre pour objectif de résoudre un véritable conflit, qui peut se définir par l’opposition de sentiments ou d’opinions entre deux personnes. De l’autre côté, l’aïkido est un art martial qui associe des pratiques de combat avec une démarche de développement personnel et spirituel : sa pratique se concentre sur l’apprentissage de techniques physiques pour neutraliser l’attaque de son partenaire, tout en développant des principes philosophiques qui pourront être utilisés en dehors du tatami. De même, l’aïkido est une pratique de combat codifié. Ainsi, les pratiquants se battent « pour de faux » dans une arène, avec des règles précises, de façon à entraîner leur corps et leur esprit.

Au-delà des apparences, l’aïkido et la médiation partagent pourtant certains points communs. Premièrement, ils sont l’un et l’autre une forme de combat. La médiation peut être perçue comme telle avec le but d’apprendre de manière pacifique aux médiants à débattre, non pas pour détruire ou se détruire, mais pour construire ou rétablir un espace d’échange, une capacité de dialogue. Le médiateur mène un combat pour la bonne cause, afin que les conflits puissent s’exprimer sous certaines conditions. Deuxièmement, la pratique de cet art martial exclut la compétition. Tout comme en médiation, il n’y a ni arbitre ni juge qui compte les points pour faire que l’un des deux sorte gagnant. Ainsi, l’aïkido n’est pas motivé par le désir de vaincre son rival. Comme la notion de compétition n’existe pas, il n’enseigne qu’une victoire, la victoire sur soi-même. (…) Troisièmement, la pratique des techniques se fait selon un code assez rigoureux : dès le début, on sait qui attaque et qui reçoit la technique. L’élève le plus avancé commence à faire la technique alors que l’autre la reçoit. La pratique de l’aïkido, c’est l’art de combattre, parfois durement, mais toujours dans un esprit de conciliation, comme c’est le cas en médiation. Ce n’est plus combattre l’un contre l’autre dans un esprit de destruction et de défaite, mais combattre avec l’autre. De fait, la voie qu’emprunte cet art pousse à pratiquer la non-violence. (…) L’aïkido développe la compassion pour l’adversaire, créant elle-même le concept de victoire juste, c’est-à-dire victoire des deux protagonistes, qui ne fait pas de vaincu. (…) D’ailleurs, grâce à l’entraînement, chaque participant évolue et améliore sa pratique de la chute. La projection (ukemi) n’est pas perçue comme une défaite. En effet, elle transforme la frappe en un nouvel équilibre entre les partenaires, de même qu’elle transforme la violence de l’attaque en une nouvelle relation harmonieuse. (…) Ainsi, on se rend compte que, tout comme en médiation, cette pratique a pour but d’arriver à un résultat positif aussi bien pour l’attaquant que pour celui qui reçoit l’attaque.

Ce travail de mémoire cherche à trouver des résonances ou des liens possibles entre la pratique d’aïkido et le processus de médiation. Cette recherche se concentre sur les hypothèses suivantes : Peut-on comparer le rituel ou le formel de la médiation avec celui de l’aïkido? L’aïkido et la médiation partagent-ils des valeurs communes ? Les principes philosophiques de l’aïkido, que la médiatrice a déjà en bonne partie intégrés, vont-ils influencer sa pratique?

Méthodologie du mémoire:

Afin de pouvoir comparer le processus de médiation avec la pratique de l’aïkido, nous allons nous inspirer de deux courants philosophiques venant de l’Orient :

– Le recours à la pensée chinoise sera utilisé pour faire des liens entre médiation et aïkido. La philosophie de l’Empire du Milieu peut se résumer en trois règles principales : d’une part, elle considère l’avènement de toute réalité non pas sous l’angle d’une création ou d’un engendrement mais sous l’angle d’un processus continu ; par ailleurs, la sagesse chinoise implique de savoir évoluer en suivant le cours des circonstances, toujours en transformation, pour s’appuyer sur celles-ci ; enfin, la capacité du sage est d’opérer en se basant sur l’efficacité.

– Le recours au zen sera employé pour joindre la pratique de médiation et d’aïkido. Cette philosophie cherche à développer la concentration et la pleine conscience de l’esprit. Avec l’expérience, ce dernier devient un miroir qui reflète sans déformation la réalité. Il perçoit donc les phénomènes avec plus d’objectivité et moins de jugement. La pratique méditative conduira à comprendre le principe d’interdépendance qui considère que tous les phénomènes sont interconnectés. De plus, le zen, qui vise à inclure sa pratique dans tous les gestes de la vie quotidienne, a fait émerger une culture artistique qui promeut une créativité provenant de l’esprit vide.

Mots clés de ce mémoire

Agir communicationnel – Aïkido – Besoins communs – Calme – Catharsis – Configuration – Confiance – Conflit ­– Se conformer – ­Continuum – Coopération – Créativité – Développement personnel – Dynamique – Eau – Ecoute – Efficacité – Empathie – Espace intermédiaire – Fluidité – Harmonisation – Intercompréhension – Interdépendance – Lien – Médiation – Miroir – Non agir – Non opposition – Non résistance – Non-violence – Posture – Potentiel – Présence – Processus – Propension – Réceptivité – Réconciliation – Reconnaissance mutuelle – Reformulation – Responsabilisation – Sagesse – Séparation – Souplesse – Spontanéité – Tendance – Transformation – Unification – Zen

Pour les personnes qui le désirent, je mets volontiers à disposition mon travail de mémoire, contactez-nous à info@aikivision.org